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(Reportage) Ici se jouent des drames: Palais de justice de Dakar 

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(Reportage) Palais de justice de Dakar : Ici se jouent des drames

Lieu de convergence de plusieurs justiciables, du lundi au vendredi, le tribunal de Dakar est un lieu sinistre, malgré le gigantisme de son bâtiment. Des drames s’y jouent. Des mariages y sont dissouts. Des partenariats y sont cassés. Des torts y sont redressés. Des libertés y sont volées… Reportage.

Khady sort brusquement de la salle 1 où se tient les audiences de flagrants délits du palais de justice de Dakar. Les larmes aux yeux, elle a du mal à accepter la sentence du juge. Son mari vient d’être envoyé derrière les barreaux pour les 10 prochaines années de sa vie, constate un reporter de Seneweb. Il a été déclaré coupable de viol sur une fillette de moins de 13 ans. L’homme est accusé, en l’absence de son épouse, d’avoir attirée la fillette dans son antre, avant de lui voler son innocence. Aucune circonstance atténuante ne lui a été accordée. Le juge a appliqué la loi dans toute sa rigueur. Le maximum de la peine prévue par le code pénal lui a été infligé.

Lorsque le juge a fini de prononcer le verdict, Khady éclate en sanglots. Ses cris déchirent la salle d’audience. Le juge, impassible, marque néanmoins une pause, le temps que le vacarme s’estompe. Le gendarme qui assure la police de la salle intervient. Khady vide la salle, ne pouvant plus se retenir. Tous les yeux sont rivés sur elle. Certains lui lancent un “ndeyssane” avec compassion, d’autres continuent de vaquer à leurs occupations, insensibles. Ils sont témoins quotidiennement de scènes de ce genre au point que rien ne les émeut plus.

“Dura lex, sed lex”

Khady est assaillie par un flot de chagrin, de déception et de honte. Comment pourra-t-elle supporter le regard de la société, après l’ignominie qui a été reprochée à son mari et la peine qui vient de lui être infligée ? Son monde s’effondre, mais le tribunal, avec son bâtiment imposant, reste sourd à ses complaintes. “Dura lex, sed lex” (La loi est dure, mais c’est la loi).

Du lundi au vendredi, le tribunal de Dakar, érigé sur une surface de 33.000 mètres carrés, à un jet de pierre de la Maison d’arrêt de Rebeuss, refuse du monde et vit au rythme de ce genre de scènes. Des drames s’y jouent quotidiennement. Des mariages y sont dissouts. Des partenariats y sont cassés. Des torts y sont redressés. Des libertés y sont volées… Ici ont tente de rendre justice aux victimes et de sanctionner ceux qui se sont mis en marge de la loi. Résultat : tous les jours, les citoyens (plaignants, parties civils ou simples badauds) y affluent pour des raisons diverses.

Comme chaque matin, les justiciables rôdent dans les couloirs du Palais de justice à la recherche de leurs salles d’audiences. Le hall du tribunal est tout le temps animé. Des groupes se créent par affinité.

Les audiences au palais de justice ne se déroulent toujours pas dans les mêmes salles. Elles sont utilisées selon l’importance des audiences. Il faut, toutefois, noter que la salle 4, avec une capacité d’accueil de 1500 personnes, abrite tous les grands procès. Hissène Habré, Karim Wade, Aïda Ndiongue y ont tous été jugés. Les audiences de la chambre criminelle de Dakar s’y tiennent également.

La cave un véritable mystère pour les curieux

Dans un coin du tribunal, versant prison de Rebeuss, se trouve la cave. Le lieu le plus sinistre du tribunal. Elle donne l’impression d’un sous-terrain abritant des magasins de stockage. Sauf qu’ici, on n’y stocke pas des aliments, ni des objets, mais des êtres humains.

C’est dans cet endroit que tous les commissariats, postes de police et brigades de la gendarmerie déversent quotidiennement les mis en cause qui sont déférés au parquet. Ils y attendent leur face à face avec le Procureur ou avec un de ses substituts. C’est également dans cette cave où transitent les prisonniers acheminés au tribunal pour assister à leurs jugements.

Ici, l’émotion est tout le temps à son paroxysme. Chagrin et désespoir se lisent sur les visages des parents venus soutenir un parent en conflit avec la loi. C’est ici également que la preuve est démontrée qu’aucun enfant ne pourra jamais rétribuer sa mère. Si tout le monde vous lâche, elle est la dernière à être présente, armée de courage et d’abnégation, pour atténuer vos peines.

Venue apporter à manger à son fils en transit à la cave, Astou Diop tient un sachet rempli de nourritures, les larmes aux yeux. «Je ne sais pas quoi faire. J’ignore si mon fils a mangé ou pas», se lamente-t-elle, implorant l’aide de Dieu pour qu’Il fasse sortir son enfant de ce lieu sinistre. Le sachet est remis à un garde et elle ne saura jamais s’il parviendra à son fils ou pas. Tout aliment provenant de l’extérieur destiné à un détenu doit, en effet, passer par une vérification appelée “censure” dans le jargon des “matons”. C’est un garde pénitentiaire qui reçoit d’abord le sachet, procède à une vérification avant de remettre le colis à son supérieur qui procède à une deuxième fouille. Ce n’est qu’après que le sachet pourra être remis à son destinataire.

La galère des mamans de détenus

Des mamans comme Astou assaillent les alentours de la cave. Assises à même le sol, elles attendent le sort qui sera réservé à leurs enfants. Bravant la chaleur et la faim, elles sont là, stoïques, ne voulant pas bouger d’un mètre, pour éviter que leurs enfants soient déplacées en leur absence.

Et lorsque ces derniers sont placés sous mandat de dépôt, elles tombent en transe, à la vue de leurs progénitures, entassés dans la fourgonnette de l’administration pénitentiaire en direction de la très crasseuse prison de Rebeuss. Larmes et complaintes de leurs mamans accompagneront les inculpés qui coucheront pour la première fois en quinconce et goûteront aux rigueurs de cette sinistre prison. Tout ce qu’une mère ne souhaite pas à son fils.

La grille en fer, qui sert de portail principal à la cave, ne s’ouvre que pour laisser entrer les voitures de la police, de la gendarmerie et de l’administration pénitentiaire. Sinon, il faut être un avocat, un magistrat ou membre du personnel de la cave pour pouvoir accéder à l’intérieur. Quelques privilégiés peuvent faire entorse à la règle.

Seneweb a pu jeter un coup d’oeil sur la cave. A peine dix mètres après le portail principal, une autre porte s’ouvre, laissant apparaître des détenus entassés derrière des barreaux. «C’est la cellule qui abrite les détenus hommes. Celle des femmes se trouve au fond du couloir», nous souffle un agent de l’administration pénitentiaire. Une cellule moins peuplé et plus salubre que celle des hommes. A juste raison. A côté de la cellule des femmes, il y a des box privés “pour les autorités”, les détenus de luxe. La cave abrite aussi des bureaux pour le personnel de l’administration pénitentiaire, mais aussi des box utilisés par les substituts du Procureur pour examiner rapidement les dossiers de ceux qui sont passibles du tribunal des flagrants délits.

Aucun détenu n’y passe la nuit. Ceux qui n’ont pas fait face au Procureur ou à un juge d’instruction bénéficient d’un retour au parquet. Ils sont alors conduits au commissariat central de Dakar où dans les autres commissariats de la capitale où ils passent la nuit jusqu’au lendemain pour rejoindre à nouveau la cave.

Pour éviter tout contact avec l’extérieur, les détenus empruntent des escaliers qui les mènent directement aux salles d’audience ou aux bureaux du Procureur et des juges d’instruction. Ceux qui doivent décision de leurs sorts.

L’employé qui a osé voler au tribunal

 

En plus des salles d’audience et de la cave, le tribunal de Dakar dispose d’une bibliothèque, pas assez fréquentée, situé au troisième étage, à la Cour d’appel. Depuis 2011, cette bibliothèque est en service. «Elle est un espace ouvert au public. Au-delà des documents de droit, il y a les archives des élections, des romans et d’autres documents. Ainsi, pour une bonne sécurisation des documents, la consultation se fait sur place. Seuls les magistrats qui siègent ont le droit à un prêt domicile. Il y a aussi des ordinateurs et de la connexion internet gratuite», explique Ibrahima Faye, le bibliothécaire.

A son ouverture, il fallait initier le bibliothécaire à l’usage du logiciel qui permet l’informatisation de la bibliothèque. C’est un Congolais qui était choisi pour l’initier. Ibrahima n’avait jamais pensé que le monsieur, avec qui il travaillait depuis plus d’un an, allait être l’auteur du premier vol dans cette bibliothèque. «Chaque fois que je sortais pour aller dans les toilettes ou pour prier, il dérobait des livres qu’il mettait dans son sac. Les œuvres disparaissaient. Chaque fois que je consultait le logiciel, je remarquais que les livres manquants n’étaient pas prêtés. Quand j’ai commencé à soupçonner qu’il y’avait des cas de vol, je ne voulais plus laisser personne à la bibliothèque à mon absence y compris lui. Un jour, en partant à la mosquée, je lui ai demandé de quitter la salle. Mais, il m’a demandé de l’enfermer à l’intérieur pour qu’il puisse finir son travail. J’ai accepté sa proposition. C’est à mon retour, qu’il s’est précipité pour partir. Je l’ai soupçonné et j’ai fouillé son sac alors qu’il était entré dans les toilettes”, raconte Ibrahima. Il mettra la main sur onze documents dérobés et rangés dans le sac du Congolais. Les éléments de la Brigade des affaires générales (Bag), une entité de la Division des investigations criminelles (Dic), qui disposent d’un local au tribunal, sont alertés et le voleur est arrêté. Devant la barre du tribunal des flagrants délits de Dakar, celui qui était devenu familier aux juges qu’il côtoyait tous les jours, avoue les faits qui lui sont reprochés. Il est condamné à un mois ferme. Peine qu’il a purgé à la prison de Rebeuss. Son avocat a réussi à le sauver d’une peine plus lourde.

L’infernale recherche de papiers administratifs

Toutefois, le tribunal, ce n’est pas que pleurs et désolation. Ceux qui recherchent des papiers administratifs ont noté, avec satisfaction, les améliorations apportées par l’administration. Autrefois, avoir un casier judiciaire ou un certificat de nationalité relevait d’un véritable parcours de combattant. Fallait se démerder tout seul, emprunter divers couloirs et diverses salles avant de trouver le bon service. Un martyre souffert par nombre de justiciables à la recherche de papiers administratifs.

Mais, aujourd’hui une révolution a été faite avec la construction d’une nouvelle structure en face du tribunal. Ce bâtiment, inauguré le 20 mars 2015 par le ministre de la justice, Me Sidiki Kaba, a atténué ce calvaire vécu auparavant. «Je suis venu chercher un casier judiciaire pour ma femme. J’ai fait le dépôt le matin pour revenir le récupérer à 15h. Les dépôts ne durent plus comme avant», explique ce monsieur, la trentaine dépassée, trouvé sur les lieux.

Quant à l’obtention du certificat de nationalité, la durée de la requête dépend du dossier adressé au Président du tribunal départemental. C’est à lui de valider ou de rejeter le dossier. Pour ce qui est du permis de communiquer (le document requis pour visiter un détenu en prison), l’attente n’est pas longue. Il faut juste se munir de sa carte nationale d’identité et suivre la queue, pas aussi longue qu’auparavant.

 

Auteur: Ndèye Fatou Ndiaye – Seneweb.com

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