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l’exemple d’une irrésistible ascension et d’une chute fracassante : Karim Meïssa Wade 

A tous les chefs qui rêvent de se faire remplacer par leur fils, on fait vite d’agiter la fable Karim Wade en épouvantail. Cette fable du fils d’Abdoulaye Wade, le troisième Président du Sénégal est le récit d’une incroyable ascension qui commence par les dorures du Palais de la République à Dakar et se termine derrière les barreaux rouillés de la prison de Rebeuss, la plus peuplée du Sénégal. Morale de l’histoire : le rêve de la succession dynastique peut bien se fracasser sur les grilles de la case prison. 
Pourtant cette histoire commence plutôt bien. Karim Meïssa Wade de son nom complet grandit avec sa sœur cadette Sindiély à Dakar. Abdoulaye Wade, leur père, avocat de formation et opposant au régime socialiste depuis plus de deux décennies, échoue quatre fois à se faire élire à la présidence sénégalaise. Mais en 2000, les Sénégalais votent massivement pour lui devant l’usure du pouvoir d’Abdou Diouf.Karim Wade rentre un an avant cette élection avec une solide formation en ingénierie financière et en gestion qui lui vaut d’être directeur associé à la banque UBS Warburg à Londres. Une fonction qui justifie pour son père, sa nomination en tant que conseiller personnel du Président puis comme expert financier pour les grands dossiers, le « watchdog » (chien de garde) présidentiel.

De son rôle d’ombre, Karim Wade prend très vite la lumière lorsqu’il est porté en 2004, à la tête de l’Agence nationale de l’Organisation de la Conférence Islamique (ANOCI), chargée de la tenue du 11e sommet de l’OCI de 2008. Les retards accusés dans la concrétisation des travaux pour accueillir cette rencontre au sommet de pays musulmans motive la convocation en 2007 de Karim devant l’Hémicycle par le président de l’assemblée nationale de l’époque, Macky Sall.

La convocation est annulée le président Abdoulaye Wade. Mais Wade fils se retrouve au centre de sa première polémique nourrie par des accusations d’affairisme, de gestion opaque des fonds de l’OCI et de détournements de fonds qui lui valent le quolibet de « Monsieur 10% ». Pour recueillir la sympathie du peuple, Karim Wade se porte candidat à la mairie du Point E, son lieu de résidence pour les élections municipales de 2009. Sa défaite est cuisante tout comme celle de la majorité de son père. Le fils prodige qui ne parle aucune langue nationale sénégalaise pour avoir passé sa jeunesse en France, est battu dans son propre bureau de vote.

Pour laver l’affront, le père le promeut ministre d’Etat puis ministre de l’Energie pour tenter de calmer la grogne sociale exacerbée par les coupures intempestives d’électricité au Sénégal à l’époque. Mais il échoue à régler la situation et récolte une impopularité croissante. Ce nouveau maroquin s’ajoute à sa nomination un an plus tôt au poste de ministre de la Coopération internationale, de l’Aménagement du territoire, des Transports aériens et des Infrastructures. Une goutte d’eau de plus qui fait déborder le vase social en détestation du fils du Président.

En 2012, lorsqu’Abdoulaye Wade échoue à se faire réélire pour un troisième mandat au terme d’un long débat constitutionnel, Karim Wade va rentrer à nouveau dans l’obscurité. A peine arrivé au pouvoir, Macky Sall déclenche la « traque des biens mal acquis » des pontes du régime. Karim Wade en sera le premier souffre-douleur. Mis en demeure en mars 2013 pour justifier sa fortune estimée à 700 milliards de FCFA (1,1 milliard d’euros) dans un délai d’un mois, il est inculpé pour enrichissement par la Cour de répression de l’enrichissement illicite (CREI).

Ecroué un mois plus tard, il est condamné deux ans plus tard, en mars 2015, à 6 ans de prison et à une amende 138 milliards de FCFA d’amende (210 millions d’euros). Karim Wade ne doit son salut qu’à la grâce présidentielle accordée par Macky Sall après avoir purgé 8 mois de sa peine. A la manœuvre pour obtenir cette libération, le Qatar où Karim se dirige à sa sortie avec à clé une « limitation de ses déplacements ».

En France, la procédure de saisie de ses biens se heurte au refus du Tribunal de Grande Instance de Paris. A l’interne, Karim Wade, candidat à la prochaine présidentielle du Parti démocratique sénégalais (PDS), le parti créé par son père, n’a pas encore dit son dernier mot et rumine sa revanche.

Et de la plus belle des manières. Il compte bien en découdre avec son ancien geôlier, le président Macky Sall, le tombeur de son père. S’achemine-t-on vers une bataille entre le fils biologique d’Abdoulaye Wade et son fils politique ? Rien n’est moins sûr. Mais si le vent tournait à l’avantage de Wade fils, Karim deviendrait le premier fils d’ancien Président à devenir président au niveau du Continent.

(Crédits : Reuters)

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